ALLEMAGNE # May Ayim, poétesse et pionnière du mouvement féministe afro-allemande


Aujourd’hui, j’aimerais faire un petit article historique sur qui est May Ayim, poétesse afro-allemande et pionnière du mouvement féministe afro-allemand trop méconnue. En plus des sources en fin d’article, les informations sont tirées principalement du film à son sujet, « Hope in My Heart: The May Ayim Story » (VO : « Hoffnung im Herz »), que je recommande.

May Ayim est née en 1960 à Hambourg, d’un père ghanéen et d’une mère blanche allemande. Le père n’étant pas allemand, n’a aucun droit sur May, qui est adoptée par une famille blanche allemande, la famille Opitz. Elle aura une enfance malheureuse (qu’elle racontera dans ses poèmes), où le racisme de l’environnement familial anéantit sa confiance en elle et accomplit sa déshumanisation à ses propres yeux. Elle obtient son baccalauréat à Münster,  et part étudier à l’Université de Regensburg où elle s’engagera dans des groupes politiques et prendra notamment contact avec des sud-africains, en plein contexte de luttes contre le régime d’Apartheid, qui l’amène à réfléchir à propos des afro-allemands.

Audre Lorde, Katharina Oguntoye, et May Ayim (http://daughterofzami.tumblr.com/post/32973825795)

Audre Lorde, Katharina Oguntoye, et May Ayim (http://daughterofzami.tumblr.com/post/32973825795)

En 1984, elle part  vivre à Berlin, où elle rencontrera et se liera d’amitié avec Audre Lorde. Audre Lorde, poétesse aussi et activiste féministe afro-américaine lesbienne, a été déterminante dans la construction du féminisme afro-allemand[1], regroupant les femmes noires allemandes, les poussant à s’auto-définir elles-mêmes, elles qui n’avaient que les mots insultants « nègre », « mulâtres », ou « bébés bruns » pour les désigner, des mots impropres et non historiques comme le notera May Ayim. En 1986, elle finit ses études en obtenant un diplôme en Histoire sociale et culturelle des afro-allemands, et fonde avec Katharina Oguntoye l’IDS, Initiative Schwarze Menschen in Deutschen (initiative des Personnes Noires allemandes), association luttant pour la reconnaissance des personnes noires en tant qu’allemands. C’est dans cette même période, qu’elle travaillera sur le projet Farbe Bekennen (Showing Our Colors: Afro-German Women Speak Out, en anglais), livre permettant de raconter l’histoire des afro-allemandes, et où elle incorpora une partie de sa thèse à l’université de Regensburg, qui fût refusée, sous prétexte que le racisme n’existe pas en Allemagne (!).

En 1989, lors de la chute du mur de Berlin, May Ayim note l’exclusion des minorités ethniques lors de la réunification allemande [2] :

“In the days immediately following November 9,1989 [German reunification], I noticed that hardly any immigrants or black Germans were to be seen around town, at least only rarely any dark-skinned ones, ” writes Afro-German Poet May Ayim in her essay « 1990: Home / land and Unity from an Afro-German Perspective »

« Dans les jours suivant le 9 Novembre 1989, j’ai remarqué qu’on pouvait à peine voir un immigrant ou un afro-allemand en ville, en tout cas rarement ceux qui sont de peau foncée. » écrit la poète allemande afro-allemande May Ayim dans son essai « 1990: Maison/Patrie et Unité d’un point de vue afro-allemand »

C’est ses événements qu’elle continuera à évoquer, notamment dans l’autre poème plus connu, Blues in Scharz-Weiss (The Blues in Black and White, en anglais), qu’on peut l’entendre déclamer en anglais dans la 1ère partie du documentaire (7:51) et dont on peut retrouver une traduction en français dans l’article de Cases Rebelles [1], qui seront publiés dans le livre du même nom; avec d’autres thèmes qui lui sont propres comme sa double identité ou les problèmes de reconnaissance rencontrés par les afro-allemands.

Elle continuera son activisme, jusqu’à sa mort en 1996. Pendant la préparation du Black History Month de cette année, elle tombera malade psychiquement et se fera interner sans succès. Après un diagnostic de scléroses en plaques, et une sévère dépression, elle décide de mettre fin à ses jours en sautant du treizième étage d’un bâtiment, à Berlin.

May Ayim nous laisse un bel héritage, une histoire, des poèmes, des essais, qui sont de plus en plus reconnus : en 2004,  le premier prix de la littérature noire allemande internationale porte son nom [3], le prix May Ayim, et en 2009, une rue de Berlin fut renommée avec son nom. Finissons avec quelques-uns de ces mots tirés de son poème Borderless and Brazen: A Poem against the German ‘u-not-y’, traduisant notre situation en tant que noir d’Europe :

« ich werde trotzdem / afrikanisch sein / auch wenn ihr / mich gerne / deutsch / haben wollt / und werde trotzdem / deutsch sein / auch wenn euch / meine schwärze / nicht passt »

« je serais tout de même / africaine / quand même vous / vous voulez / volontiers / que je sois allemande / et je serais tout de même allemande / quand même pour vous / ma noirceur / ne passe pas »

Sources :

[1] « Petite histoire du mouvement féministe afro-allemand », Cases Rebelles, Janvier 2014 [X]

[2] (EN) « Afro-German May Ayim’s writings and poetry on Black Atlantic », Afro-Europe, 25 Mai 2012 [X]

[3] (DE) « Der raum zwischen gestern und heute: May Ayim (3. Mai 1960 – 9. August 1996) », Chantal-Fleur Sandjon [X]

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2 réflexions sur “ALLEMAGNE # May Ayim, poétesse et pionnière du mouvement féministe afro-allemande

  1. Bonjour,

    Audre Lorde était certes féministe mais elle était surtout lesbienne et n’a jamais séparé ces 2 (entre autres) aspects de son identité. Il est important que l’on puisse identifier la part + qu’importante des lesbiennes dans le féminisme !!!

    • Bonjour Julie,

      Je vais corriger cette partie, mais elle n’était pas « surtout » lesbienne : Audre Lorde insistait sur l’égalité de tout ce qui faisait d’elle, elle (femme, lesbienne, noire, poète, mère…la liste pouvant être plus longue).

      Cependant, tu as bien raison qu’il faut préciser son orientation sexuelle, critique dans son féminisme. C’est corrigé.

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