#TEMOIGNAGE Self sunday shaming – genèse


première partie : Self sunday shaming

Mais comment en vient-­on à se détester autant ? A se mésestimer à ce point ?
A haïr tellement son corps que l’on a envie d’en sortir pour en avoir un autre ?

Quand je vois des gamines de 15 ans marcher dans la rue comme si elles étaient dans un podium, je les envie.
Il semble, d’après mes lectures et autres renseignements, que tout se joue durant l’enfance. Je n’ai pas été éduquée, ou très peu avec des “je suis fière de toi”, “tu fais bien”, “tu es utile”, “tu es jolie”.

Difficile enfant de voir cela en soi si on ne nous le dit pas. J’ai toujours eu le sentiment d’être à part, de devoir en faire plus pour être regardée et acceptée et non pas moquée. J’ai encore le goût amer de certains épisodes de ma vie survenus en primaire.

J’ai eu une période extrêmement dure dans ma vie. De 11 à 14 ans.

Là tout s’est accentué. Je ne m’étendrais pas dessus mais j’ai été maltraitée psychologiquement (la vie a fait que j’ai compris des années plus tard que j’avais été confrontée à un pervers narcissique).

Etre une ado qui se construit et entendre toute la journée “tu es une bonne à rien, une fainéante” et voir la femme qui vous a élevé et mis au monde ne rien dire ( donc valider ces propos), ça n’aide pas (euphémisme).

Ne pas pouvoir s’exprimer ou alors voir sa moindre parole transformée comme une arme contre soi. Ca marque.  Je crois et j’en suis sûre que c’est à cette époque que j’ai commencé à manger sucré en grande quantité. A compenser. A ne pas m’aimer.

Et puis qui pourrait m’aimer, vu que je suis une bonne à rien ?
Et puis, il s’est passé ce qui s’est passé. Ma mère ne m’a pas cru. J’ai été traitée de menteuse,

Enfermée tous les soirs avec un pot de chambre et un paquet de gâteau. Terrorisée. Juste une porte fermée à clé. Juste une porte pour me protéger. Seule. Pas le droit d’en parler. Secret.

Honte. Ces regards de ces hommes qui eux étaient au courant et qui avaient décidé de mon sort. Ces regards. ces jugements. Une enfant : ça ment. Encore une raison de ne pas m’aimer.

Mon corps, ce corps m’a amené à ça. Autant le détruire, le rejeter. Ne pas l’aimer. Il est la cause de ça.

Puis la révélation de la vérité, dégoûtante, répugnante, et étouffement. Devoir vivre avec ça comme si de rien n’était. Comme si j’étais une personne “normale”. Heureuse. Toujours une ado en pleine construction.

Un jour, mon petit copain ( je ne le remercierais jamais assez, merci Nicolas, tu as été une étoile dans la nuit) m’a dit “ tu es BELLE. Elodie est belle. Claire est belle. mais toi aussi tu es ES belle”.

Mais comment pouvais-­je être belle ? Avec ce corps, qui attire qui a été la cause de mon traumatisme? Il me disait je t’aime. Je pleurais. Pas de joie. Mais de douleur. On ne peut pas m’aimer. Je ne suis pas AIMABLE. Je suis une monstre, tatoué, marqué au fer rouge. Un truc dégoûtant.

Calme pendant des années. Puis ce jour, cette lettre. Arrestation, tribunal, procès. Retour sur le passé que j’avais soigneusement enterré.

Ma force et aussi ma faiblesse est ma capacité à cloisonner et à avancer. J’avais réussi à faire avec ce corps. Mal-aimé, détesté. Le procès : retour des insultes, des menaces.

J’ai pendant des années refusé de mettre mon nom sur une facture par peur qu’il me retrouve et me tue.

Et puis j’ai dealé* avec. Je me suis servie de lui (NDLR : mon corps) pour séduire, pour avoir ce que je veux sans le considérer. Sans vraiment être en lui. Il y a avait moi et lui.

J’ai même essayé un jour de le détruire. Tentative de suicides au nombre de 4, internement, camisole chimique.

Aujourd’hui, il me fait souffrir, j’enchaîne les maladies. C’est sa façon de me dire qu’il est là. Il me porte tous les matins depuis 29 ans, et je ne le considère pas.

Un ami fidèle qui depuis autant de temps vous aide, vous nourri, vous réchauffe, vous suit partout, on est reconnaissant. Pourquoi ne le suis-­je pas avec lui ?

Il le mérite. Je dois l’écouter. Je dois le considérer. Je dois l’habiter. Il est ma maison.

J’ai un mot qui me vient devant les yeux en écrivant ces lignes : HOME. Je le vois tatoué sur l’intérieur du poignet. Je devrais peut être le faire.

Pour me rappeler, que quoi que je fasse, pense, dise. Il est là. C’est ma maison. La maison de mon âme, de mon être.

Il est là. Cet ami fidèle. Cet allié. Cet igloo fait de sang et de chairs.

HOME. Aimer ma maison. Mon nouvel objectif. La respecter. Ne pas la maltraiter

La regarder. VRAIMENT pas juste en surface. La considérer. Ne pas la dénigrer. La respecter.

Sinon il sera trop tard. Car un jour ma maison tombera en ruine.

C’est le cycle de la vie. Je ne serais plus et je n’aurais rien appris.

* deal with it (anglais) : faire avec

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